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Réglementation · Dimensionnement · 4 novembre 2026

TURPE 7 et batterie : ce qui change pour un site équipé

Avec le TURPE 7, une batterie installée sur un site de consommation reste facturée sur la composante de soutirage classique : elle agit sur la puissance souscrite et sur l'énergie soutirée à chaque plage. Ce qui change : des heures creuses déplacées vers l'après-midi et une nouvelle option injection-soutirage, réservée au stockage seul raccordé en HTA.

Par Élien Geneste

Onduleurs et câblage installés par les équipes JR Énergie dans un local technique

TURPE 7 et batterie : sur un site qui consomme, le tarif d'utilisation des réseaux ne crée pas de grille propre au stockage. La batterie agit sur ce que le compteur voit, la puissance appelée et l'énergie soutirée à chaque plage. Cet article présente ce que le TURPE 7 HTA-BT change pour un site équipé, avec les grilles Enedis en vigueur au 1er août 2026, et la façon d'en tenir compte dans le dimensionnement.

Qu'est-ce que le TURPE 7 et depuis quand s'applique-t-il ?

Le TURPE est le tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité, fixé par la Commission de régulation de l'énergie (CRE). Le TURPE 7 HTA-BT est entré en vigueur le 1er août 2025 pour une durée d'environ quatre ans (délibération n° 2025-78 du 13 mars 2025). Sa grille est indexée chaque année : elle a évolué de 3,04 % au 1er août 2026 (délibération n° 2026-105 du 21 mai 2026).

Pour un site professionnel, trois de ses composantes comptent quand on étudie une batterie :

  • la composante annuelle de soutirage, faite d'une part puissance et d'une part énergie, par plage temporelle ;
  • la composante mensuelle des dépassements de puissance souscrite (CMDPS) ;
  • la composante annuelle des injections, égale à zéro en HTA et en basse tension.

Comment le TURPE 7 voit-il une batterie sur un site de consommation ?

La brochure d'Enedis pose le principe : le tarif dépend du domaine de tension, de la puissance souscrite et des flux physiques mesurés au point de connexion. Pour le réseau, une batterie installée derrière le compteur n'existe qu'à travers ce qu'elle change sur ces flux.

Effet au point de connexionComposante concernée
Elle se décharge pendant une pointePuissance appelée plus bassePuissance souscrite, CMDPS
Elle se recharge sur le réseau en heures creusesSoutirage ajouté à une plage moins chèrePart énergie
Elle se décharge en heures pleinesSoutirage réduit à une plage plus chèrePart énergie
Elle stocke le surplus d'une centrale du siteMoins d'injection, puis moins de soutiragePart énergie
Elle injecte sur le réseau, si le contrat le prévoitFlux d'injectionComposante des injections (zéro)

Deux points se vérifient dès l'étude. Les pertes de la batterie sont soutirées comme le reste de l'énergie lorsqu'elle se charge sur le réseau. Et la recharge peut créer sa propre pointe : elle se pilote sous la puissance souscrite de la plage en cours.

Que valent les plages horaires dans les grilles au 1er août 2026 ?

La grille donne l'écart que le pilotage peut viser. En voici deux extraits, en courte et longue utilisation. Ce sont des tarifs d'acheminement, hors fourniture et hors taxes : le prix total du kWh dépend aussi du contrat de fourniture.

PointeHPHHCHHPBHCB
HTA, courte utilisation, pointe fixe5,914,362,051,040,71
HTA, longue utilisation, pointe fixe2,732,161,510,950,70
BT > 36 kVA, courte utilisationsans objet7,124,342,191,57
BT > 36 kVA, longue utilisationsans objet5,863,582,071,54
PointeHPHHCHHPBHCB
HTA, courte utilisation, pointe fixe (€/kW/an)14,8514,8514,8512,9311,56
HTA, longue utilisation, pointe fixe (€/kW/an)36,4033,2821,0114,7711,91
BT > 36 kVA, courte utilisation (€/kVA/an)sans objet18,1516,451512,34
BT > 36 kVA, longue utilisation (€/kVA/an)sans objet31,0821,8217,1512,75

HPH, HCH : heures pleines et creuses de saison haute (actuellement de novembre à mars). HPB, HCB : heures pleines et creuses de saison basse. Source : brochure Enedis, tarifs au 1er août 2026.

La lecture est instructive. La longue utilisation pèse surtout sur la puissance : abaisser une pointe y compte davantage. La courte utilisation pèse davantage sur l'énergie : décaler des kWh y joue un rôle plus grand. Une batterie change ces deux termes à la fois, si bien que l'option tarifaire se réexamine avec la batterie, sur la courbe de charge projetée. La fenêtre de changement libre ouverte par le TURPE 7 s'est refermée le 31 janvier 2026 : on vérifie donc le délai de 12 mois depuis le dernier choix d'option.

Les puissances souscrites doivent par ailleurs rester croissantes d'une plage à la suivante : une puissance basse en heures creuses de saison basse n'est possible que si les plages précédentes le sont aussi. C'est pourquoi l'écrêtage s'étudie plage par plage, comme dans notre article sur le dépassement de puissance souscrite.

Pourquoi les heures creuses déplacées changent-elles le pilotage ?

C'est le changement le plus concret pour un site équipé. La CRE a décidé de déplacer des heures creuses vers l'après-midi, où la production photovoltaïque est abondante d'avril à octobre. La réforme s'étale de l'automne 2025 à fin 2027, et l'objectif est que la grande majorité des clients disposent d'heures creuses l'après-midi, toute l'année ou en été. Enedis estime à 0,5 million le nombre de points concernés en BT de plus de 36 kVA et en HTA (délibération n° 2025-78).

La délibération n° 2026-33 du 4 février 2026 a précisé les règles de placement :

Heures creuses existantes à déplacerHeures creuses à favoriser
Saison hauteDe 7 h à 11 h et de 17 h à 21 hPlacement libre
Saison basseDe 7 h à 10 h et de 18 h à 23 hDe 2 h à 6 h et de 11 h à 17 h

La même délibération lève le gel qui empêchait d'attribuer aux nouveaux clients des heures creuses entre 11 h et 14 h en saison haute.

Pour une batterie, la conséquence est pratique : un programme fixe « charge la nuit, décharge le jour » peut cesser de suivre la grille lorsque les plages du site changent. Le pilotage doit lire le calendrier réel du point de livraison. Un site qui a une centrale solaire voit aussi ses heures creuses se rapprocher de ses heures de production : surplus solaire et recharge sur le réseau se retrouvent sur les mêmes créneaux, et l'énergie de la batterie se dimensionne en tenant compte des deux.

À qui s'adresse la composante d'injection-soutirage ?

C'est la nouveauté du TURPE 7 pour le stockage, applicable depuis le 1er août 2026. Elle est optionnelle et se substitue à la composante de soutirage classique. Elle encourage un fonctionnement à contre-courant des pointes locales du réseau. Elle ne s'adresse pas à tous les sites équipés d'une batterie : la note d'Enedis fixe trois conditions cumulatives.

  1. Être un stockage seul, qui soutire et restitue exclusivement sur le réseau public. Une installation couplée à une production ou à une consommation en est exclue.
  2. Être raccordé directement en HTA sur la zone de desserte d'Enedis.
  3. Dépendre d'un poste source inscrit sur la liste des zones éligibles.

La CRE a publié en octobre 2025 une liste de 320 zones d'injection et de 1 121 zones de soutirage en HTA ; Enedis publie la liste à jour avec sa note.

Heures de pointeÉnergie soutirée en pointeÉnergie injectée en pointe
Zone de soutirageDécembre à février, du lundi au samedi : 2 h entre 8 h et 12 h, 2 h entre 17 h et 21 h+5,91 c€/kWh-4,88 c€/kWh
Zone d'injection photovoltaïqueDu 1er mai au 2 septembre : 4 h entre 12 h et 16 h-7,10 c€/kWh+7,81 c€/kWh

Un coefficient négatif réduit la facture d'acheminement, sans pouvoir la rendre négative sur l'année civile. Pour un développeur de stockage seul, l'étude porte donc d'abord sur le poste source visé, et sur la compatibilité de ces heures avec les autres usages de la batterie, comme les services décrits dans notre article sur la rémunération d'une batterie ou sur notre page agrégateur.

Et si le site produit aussi de l'électricité ?

Un autoconsommateur individuel suit les mêmes règles de soutirage que les autres consommateurs. Sa composante de gestion, elle, dépend de son contrat : les autoproducteurs avec injection ont une composante spécifique, inférieure à la somme des composantes d'un contrat d'injection et d'un contrat de soutirage.

En autoconsommation collective, la composante de gestion est majorée, et une grille optionnelle distingue les soutirages autoproduits et alloproduits lorsque tous les participants sont en aval d'un même poste HTA/BT. Une batterie dans ce cadre s'étudie avec la répartition de l'opération : notre article sur l'autoconsommation collective et le stockage détaille ce point.

Comment intégrer le TURPE 7 au dimensionnement d'une batterie ?

La méthode tient en cinq étapes, sans résultat préjugé :

  1. Rassembler les données : douze mois de courbe de charge, les factures d'acheminement, le contrat, les plages d'heures creuses actuelles et à venir.
  2. Identifier le levier principal : pointes et dépassements, écart entre plages, surplus solaire. Chaque site a le sien.
  3. Simuler la courbe avec batterie, recharge et pertes comprises, sur le calendrier réel du point de livraison.
  4. Recalculer le TURPE par option, courte et longue utilisation, avec des puissances souscrites ajustées plage par plage.
  5. Tester le calendrier futur : un système correctement dimensionné doit rester pertinent quand les heures creuses bougent, ce qui plaide pour un pilotage paramétrable.

La gamme se choisit ensuite selon la puissance et l'énergie retenues. Une armoire VenturePro délivre 125 kW et stocke 250 kWh (fiche RelyEZ). La gamme Fusion 2 va de 261 kWh et 130,6 kW à 3,34 MWh, avec une armoire de contrôle et jusqu'à huit armoires batterie.

Le TURPE n'est qu'une partie de la facture et qu'une partie de la valeur d'une batterie : l'étude le combine avec la fourniture et les autres usages du site. Pour comparer ces options sur vos propres données, vous pouvez demander un diagnostic avec votre courbe de charge et vos factures d'acheminement.

Questions fréquentes

Le TURPE 7 facture-t-il la recharge d'une batterie ?

Sur un site de consommation, oui, dès lors que la recharge vient du réseau : le tarif repose sur les flux physiques mesurés au point de connexion. L'énergie soutirée pour charger la batterie suit la grille de la plage en cours. Une recharge sur le surplus d'une centrale solaire du site ne passe pas par le point de connexion et n'y est donc pas comptée.

L'électricité réinjectée par une batterie paie-t-elle le TURPE ?

En HTA et en basse tension, la composante annuelle des injections est égale à zéro, selon la brochure d'Enedis au 1er août 2026. Les autres composantes restent dues, notamment la gestion et le comptage. Une injection suppose aussi un contrat et un raccordement qui la prévoient.

Un site industriel avec batterie peut-il souscrire la composante injection-soutirage ?

Non, s'il consomme ou produit sur place. L'option est réservée aux stockages seuls, qui soutirent et réinjectent exclusivement sur le réseau public. La définition exclut les installations couplées à une production ou à une consommation. Il faut en outre être raccordé directement en HTA et rattaché à un poste source de la liste publiée.

Comment connaître ses heures creuses sous le TURPE 7 ?

Elles sont fixées localement par le gestionnaire de réseau et communiquées à toute personne qui en fait la demande. La réforme s'étale de l'automne 2025 à fin 2027, et un même client peut avoir des heures creuses différentes l'été et l'hiver. Avant de régler le pilotage d'une batterie, il faut donc vérifier les plages du point de livraison concerné.

Faut-il changer d'option tarifaire quand on installe une batterie ?

La question mérite d'être posée, car la batterie modifie à la fois les puissances appelées et l'énergie soutirée par plage. La courte et la longue utilisation répartissent différemment la facture entre puissance et énergie. La comparaison se fait sur la courbe de charge projetée, batterie en service.

Sources

Les chiffres de cet article viennent de ces documents.

  1. Tarifs en vigueur au 1er août 2026 — TURPE 7 HTA/BT, tarifs d'utilisation des réseaux publics de distribution d'électricité — Enedis, 1 août 2026
  2. TURPE Injection – Soutirage : définition des zones éligibles et modalités d'application (Enedis-MOP-CF_116E, version 2) — Enedis, 1 juin 2026
  3. Délibération n° 2026-33 du 4 février 2026 portant modification des tarifs d'utilisation des réseaux publics de distribution et transport d'électricité (TURPE 7 HTA-BT et TURPE 7 HTB) — Commission de régulation de l'énergie, 4 février 2026
  4. Délibération n° 2026-105 du 21 mai 2026 portant décision sur l'évolution au 1er août 2026 de la grille tarifaire des TURPE dans les domaines de tension HTA et BT — Commission de régulation de l'énergie, 21 mai 2026
  5. Délibération n° 2025-78 du 13 mars 2025 portant décision sur le tarif d'utilisation des réseaux publics de distribution d'électricité (TURPE 7 HTA-BT) — Commission de régulation de l'énergie (Légifrance), 13 mars 2025
  6. La CRE communique sur les zones éligibles à la composante d'injection-soutirage introduite dans le TURPE 7 — Commission de régulation de l'énergie, 9 octobre 2025
  7. Fiche technique VenturePro Series 250 kWh — RelyEZ, 27 août 2026
  8. Fiche technique VenturePro Fusion — Liquid-Cooled Modular Battery Cabinet System — RelyEZ, 27 août 2026

Les gammes citées

Un projet en tête ?

Le raccordement, le contrat et la production déjà en place suffisent à savoir quelle gamme convient.