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Valorisation et marchés · Dimensionnement · 30 septembre 2026

Prix négatifs de l'électricité : ce que change une batterie pour une centrale photovoltaïque

Les prix négatifs frappent le photovoltaïque au moment où il produit le plus : en milieu de journée, au printemps et en été. Une batterie installée sur la centrale stocke ces kilowattheures au lieu de les injecter ou de les écrêter, et les restitue le soir, quand les prix remontent. Voici comment le phénomène évolue, qui il concerne et comment dimensionner le stockage.

Par Élien Geneste

Centrale photovoltaïque en toiture réalisée par JR Énergie à Cournon-d'Auvergne, le puy de Dôme à l'horizon

Les prix négatifs sont devenus une donnée d'exploitation pour toute centrale photovoltaïque en France : en 2025, RTE a compté 513 heures pendant lesquelles le prix spot de l'électricité est passé sous zéro, et le premier semestre 2026 en a déjà totalisé 407. Ces heures tombent quand le soleil brille le plus. Cet article explique pourquoi, qui est concerné selon son contrat, et ce qu'une batterie change concrètement pour un producteur, du principe au dimensionnement.

Qu'est-ce qu'un prix négatif de l'électricité ?

Un prix négatif apparaît sur le marché spot quand l'offre dépasse la demande et que certains producteurs préfèrent payer pour injecter plutôt que de moduler leur production. Pour l'acheteur, l'électricité a alors une valeur inférieure à zéro pendant l'heure concernée.

Dans son bilan électrique 2025, RTE décrit une « déformation » de la courbe horaire des prix : les pics du matin et du soir sont désormais plus élevés, tandis que le plateau du milieu de journée est devenu un creux, sous l'effet d'une consommation plus faible et du développement du solaire en France et en Europe. La même année, le parc solaire a progressé de 5,9 GW, pour atteindre 30,4 GW installés.

20242025
Heures à prix spot négatif352 h513 h
Heures à 100 €/MWh ou plus1 382 h1 807 h
Prix spot moyen annuel58 €/MWh61 €/MWh

Le tableau montre les deux faces du même phénomène : plus d'heures sous zéro, mais aussi plus d'heures chères. C'est cet écart, à quelques heures d'intervalle dans la même journée, qui donne sa valeur au stockage.

Les prix négatifs vont-ils durer ?

Les chiffres de 2026 vont dans le même sens. Selon le bilan du premier semestre publié par RTE le 16 juillet 2026 :

  • 407 heures à prix négatif entre janvier et juin 2026, soit 10 % du temps, contre 363 heures au premier semestre 2025 ;
  • des niveaux inédits atteints le 26 avril (−478,8 €/MWh) et le 1er mai (−498,7 €/MWh) ;
  • un prix moyen des épisodes négatifs de −16,2 €/MWh, contre −7,8 €/MWh un an plus tôt.

La grande majorité des épisodes reste proche de zéro : 64 % des heures négatives du premier semestre 2026 se situaient entre −1 €/MWh et zéro. Mais la part des prix inférieurs à −50 €/MWh a doublé, de 4 % à 8 % des occurrences. RTE anticipait que les épisodes de prix négatifs resteraient fréquents jusqu'à la fin de l'été 2026.

Pour un producteur, la question n'est donc plus de savoir si ces heures reviendront, mais comment organiser la centrale pour qu'elles pèsent le moins possible sur sa production.

Qui est concerné par les prix négatifs dans le photovoltaïque ?

L'effet dépend du contrat sous lequel la centrale vend son électricité.

  • Vente au prix de marché ou contrat indexé sur le spot. Le producteur reçoit directement le prix de l'heure : les heures négatives se lisent sur sa facture de vente.
  • Complément de rémunération. RTE indique que ce mécanisme, dont bénéficient les plus importantes installations photovoltaïques mises en service en 2025, prévoit une incitation économique à moduler la production quand les prix de marché sont négatifs. La centrale a alors intérêt à baisser sa production pendant ces heures.
  • Obligation d'achat. L'article 175 de la loi de finances pour 2025 permet aux acheteurs obligés de demander l'arrêt des plus grandes installations pendant les prix négatifs, avec une compensation pour le productible non produit. Dans son avis du 5 décembre 2025, la CRE décrit un projet d'arrêté visant les centrales solaires de plus de 12 MWc et recommande d'abaisser ce seuil à 10 MWc.
  • Autoconsommation avec vente du surplus. Le surplus de midi part sur le réseau au moment où il vaut le moins, alors que le site rachète son électricité le soir.

Dans tous les cas, la production de milieu de journée perd de sa valeur, qu'elle soit vendue à bas prix, modulée ou arrêtée. RTE chiffre à 1,6 TWh la production solaire modulée pendant les épisodes de prix négatifs en 2025 ; pour le solaire et l'éolien réunis, ce volume a doublé en un an.

Que fait une batterie pendant les heures à prix négatifs ?

Une batterie raccordée à la centrale change la destination des kilowattheures de midi. Au lieu d'être injectés à prix négatif ou de ne pas être produits, ils sont stockés, puis restitués quelques heures plus tard, pendant la pointe du soir.

Le principe tient en trois temps :

  1. Charger pendant le creux. Quand le prix passe sous zéro ou s'en approche, le système de pilotage oriente la production vers la batterie.
  2. Tenir la charge quelques heures. L'énergie attend la remontée des prix de fin d'après-midi.
  3. Restituer à la pointe. La batterie injecte quand le prix est le plus haut de la journée, ou alimente le site s'il consomme.

Le gain ne se mesure pas au nombre d'heures négatives. Il dépend de l'écart entre le prix de charge et le prix de décharge, diminué des pertes de conversion : l'armoire VentureEdge 800, par exemple, affiche un rendement maximal de 90 % hors auxiliaires sur sa fiche technique. C'est la raison pour laquelle nous ne promettons jamais un résultat avant d'avoir étudié les données de la centrale.

La même batterie peut aussi se rendre utile hors des heures négatives : services au réseau, participation au mécanisme de capacité, décalage de production les jours ordinaires. Ces revenus passent par un agrégateur, qui porte les capacités sur les marchés et transmet les consignes de charge et de décharge.

Comment dimensionner une batterie pour une centrale photovoltaïque ?

Deux grandeurs suffisent à décrire la batterie : sa puissance, en kW, et son énergie, en kWh. Pour une centrale exposée aux prix négatifs, elles se lisent dans trois séries de données.

  • La courbe de production horaire de la centrale, idéalement sur une année complète, pour connaître la puissance injectée pendant les heures creuses.
  • L'historique des prix spot horaires, pour repérer la durée typique des épisodes négatifs et l'heure à laquelle les prix remontent.
  • Le contrat de vente et le raccordement, qui fixent ce que la centrale peut injecter, quand, et à quel prix.

La puissance se cale sur la part de la production de midi que l'on veut décaler ; l'énergie, sur la durée pendant laquelle il faut l'absorber. Une batterie trop petite laisse de la production à bas prix ; une batterie trop grande immobilise du capital qui ne travaille que quelques jours par an. Le bon dimensionnement se trouve entre les deux, en comparant plusieurs tailles sur les mêmes données.

Quelle gamme pour quelle centrale ?

DC800 : VentureEdge 800DC800 : VentureBooster 800Fusion 2
FormatArmoireConteneurArmoires modulaires
Énergie418 kWh par armoire2 090 kWh261 kWh à 3,34 MWh
Puissance209 kW par armoire1 MW130,6 à 208,9 kW par armoire
RaccordementBus 800 V de la centraleBus 800 V de la centraleConvertisseur fourni avec le projet
ExtensionJusqu'à 5 armoires en parallèleUn conteneur1 à 8 armoires batterie

La gamme DC800 se raccorde sur le bus 800 V de la centrale, en sortie des onduleurs photovoltaïques. Elle n'a pas besoin de son propre transformateur : là où une installation classique en aligne deux, un pour le solaire et un pour la batterie, il n'en reste qu'un. Son régime de 0,5 P correspond à deux heures de décharge à pleine puissance. L'armoire VentureEdge 800 sera disponible début 2027.

La gamme Fusion 2 convient aux centrales d'une autre architecture : une armoire de contrôle pilote de une à huit armoires batterie, et l'on ajoute des armoires si le besoin grandit. Le convertisseur n'est pas intégré ; nous le dimensionnons et le fournissons avec chaque projet.

Par où commencer ?

Le point de départ est un diagnostic de la centrale : courbe de production, contrat, raccordement et place disponible. Nous comparons ensuite plusieurs tailles de batterie sur les prix horaires réels, puis proposons une configuration et un schéma de raccordement. L'installation, le dossier de raccordement et la maintenance sont assurés par notre installateur partenaire JR Énergie.

Les prix négatifs ne font pas disparaître la valeur d'une centrale solaire : ils la déplacent de quelques heures dans la journée. Une batterie bien dimensionnée permet de suivre ce déplacement.

Questions fréquentes

Combien d'heures de prix négatifs en France ?

RTE a compté 513 heures à prix spot négatif en 2025, contre 352 en 2024. Au premier semestre 2026, le compteur atteignait déjà 407 heures, soit 10 % du temps, contre 363 heures au premier semestre 2025. Elles tombent surtout en milieu de journée, quand la production solaire est abondante et la consommation faible.

Pourquoi les prix négatifs touchent-ils d'abord le photovoltaïque ?

Parce qu'ils surviennent précisément quand les panneaux produisent le plus : entre la fin de matinée et le milieu d'après-midi, au printemps et en été. RTE décrit un plateau de milieu de journée devenu un creux, pendant que les pointes du matin et du soir sont plus hautes. Une centrale sans stockage vend sa production au pire moment de la journée.

Une batterie gagne-t-elle de l'argent à chaque heure de prix négatif ?

Non : le nombre d'heures ne fait pas une marge. Ce qui compte, c'est l'écart entre le prix auquel la batterie se charge et celui auquel elle restitue, diminué des pertes de conversion. C'est pourquoi le dimensionnement part des courbes de production et des prix horaires du site, pas d'un compteur annuel.

Peut-on ajouter une batterie à une centrale photovoltaïque existante ?

Oui. La gamme DC800 est conçue pour se raccorder sur le bus 800 V de la centrale, en sortie des onduleurs, sans transformateur dédié à la batterie. Pour une centrale d'une autre architecture, la gamme Fusion 2 s'associe à un convertisseur que nous dimensionnons et fournissons avec le projet.

Qui vend l'électricité stockée sur les marchés ?

Un agrégateur. Il porte les capacités de la batterie sur les marchés de l'électricité et transmet les consignes de charge et de décharge. Le pilotage arbitre heure par heure entre stocker, restituer et rendre des services au réseau, selon le contrat de la centrale.

Sources

Les chiffres de cet article viennent de ces documents.

  1. Bilan électrique 2025 — principaux résultats — RTE, 1 février 2026
  2. Bilan du premier semestre 2026 et perspectives sur la sécurité d'approvisionnement en électricité pour les prochains mois — RTE, 16 juillet 2026
  3. Prix négatifs : la CRE publie son avis sur un projet d'arrêté d'application de la loi de finances — Commission de régulation de l'énergie, 5 décembre 2025
  4. Fiche technique VentureBooster 800 — RelyEZ, 27 août 2026
  5. Fiche technique VentureEdge 800 (anglais) — RelyEZ, 9 septembre 2026
  6. Fiche technique VenturePro Fusion — Liquid-Cooled Modular Battery Cabinet System — RelyEZ, 27 août 2026

Les gammes citées

Un projet en tête ?

Le raccordement, le contrat et la production déjà en place suffisent à savoir quelle gamme convient.